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Le Président Thierry Emin s'exprime sur le début de la saison et se confie sur l'avenir du club

Le Président Thierry Emin s’exprime sur le début de la saison et se confie sur l’avenir du club

Après ce 1er bloc, quelle est votre analyse sur le début de saison d’Oyonnax?

Après l’échec du match de barrage contre Grenoble que nous avons vécu comme un traumatisme et une humiliation, les joueurs se sont remobilisés pour cette saison en PRO D2 avec l’objectif de se racheter de ce non match qui a gâché au final une saison qui pourtant aurait pu aboutir sur un exploit retentissant en cas de maintien.

Il était important de bien débuter ce bloc surtout d’un point de vue comptable. Ce que nous n’avions pas su faire il y a 2 ans quand nous pointions à la 11ème place après le 1er bloc. Il reste bien sûr beaucoup de choses à travailler et espérer nous voir plus flamboyant, mais il fallait d’abord privilégier le classement pour ne pas tomber dans le doute.

Les joueurs dans leur ensemble ont adhéré aux objectifs du club et se doivent une revanche. Même si nous abordons un championnat au niveau plus élevé et plus homogène où 11 équipes prétendent se qualifier. Il y a 4 ans, avec 11 millions de budget, un club aurait été bien au-dessus de ses concurrents. On voit cette année qu’avec un tel budget, nous sommes le quatrième de cette division.

Etes-vous inquiet devant cette inflation des budgets ?

Cette hausse des budgets semble inexorable. En PRO D2 en dessous de 10 millions, il semble difficile d’avoir la prétention de jouer une montée en TOP 14, tout comme en TOP 14 un budget trop éloigné des 20 millions est un handicap. Il faut être réaliste, un budget élevé n’est pas un gage de réussite, mais sans budget minimum on est sûr de ne pas réussir. Il n’y a qu’à voir le nouveau paysage des clubs de PRO D2, l’ambition de nouveaux venus et tous les NOMS qui ont disparu du rugby professionnel.

Est-ce à dire que vous êtes inquiets pour le club ?

Oui et non. Si d’un point de vue sportif, on est dans les clous, nous sommes actuellement au niveau du Directoire et du conseil de surveillance déçus et énervés. La question se pose plus au niveau de l’engouement que suscite encore Oyonnax.

Vous parlez d’une certaine désaffection du public ?

Après une saison passée en TOP 14 et ces deux premiers matchs à Mathon en PRO D2, force est de constater que nous sommes interpelés par certains phénomènes.  On a le sentiment que le public est blasé. Qu’il ne se rend pas compte de la chance qu’il a pour un bassin comme le nôtre d’avoir sur les 6 dernières années été 2 fois champion de France de Pro D2 et de vivre 4 saisons en TOP 14 dont un match de barrage. Que l’équipe puise sa force dans le soutien populaire, qu’ils se sont dépassés pour eux. Poussé par ce public que l’on a connu, Oyonnax a été capable de renverser des montagnes.

Or l’année dernière, il a fallu attendre la fin de saison et des matchs contre Brive, Toulon ou Lyon pour revoir ce public en nombre et cette ferveur. Je ne pense pas qu’il y aurait eu un exploit contre Toulon à la dernière minute si le public n’avait pas poussé avec l’équipe.

Pour un club comme le nôtre,  la billetterie (abonnements et entrées) devrait représenter 20% du budget. L’an passé, elle n’a été qu’un peu plus de 10%. Le stade Mathon, pour des matchs contre Montpellier, la Rochelle, le Racing, Bordeaux a sonné creux. Ce fut dur à encaisser.

Ce début de saison confirme cette tendance. On entend certaines contraintes (match du jeudi, du vendredi….), mais comment expliquer que le match contre Bourg qui aura lieu dans 15 jours verra un stade plein. On connait l’importance du derby mais un match contre un prétendant comme Bayonne, comment expliquer qu’il ne fasse pas recette. Même avec un prix d’appel de 99€ pour la saison en tribune assise et couverte, ça ne fonctionne pas vraiment. Faut-il aller en Fédérale 2 pour faire des derbys et voir les gens revenir au stade ou faut-il garder de l’ambition ?

Au-delà du nombre, on ne sent plus ce soutien et cette ferveur. On entend plus de critiques que d’encouragements venant d’une minorité mais c’est celle qu’on entend. C’est très difficile à vivre. 

La continuité du club repose dans le fait que le public doit se remobiliser…  Notre histoire doit s’écrire avec son territoire et sa population, on doit se remotiver, il n’est pas possible d’avoir une si faible affluence à Mathon. Il y a 2 ans en PRO D2, Mathon était rempli à 60%. On est loin du meilleur public de France que nous avons connu à 2 reprises.

Chacun a une responsabilité. Le succès de demain dépend en partie de tous. Si les gens s’éloignent du club, s’il n’y a plus de rêves, alors il faut admettre que les plus belles heures du club sont derrière nous.

Que voulez-vous dire ?

Le club est l’étendard de ce territoire. C’est un peu son porte drapeau. Hors, même si le public est parfois versatile et je pense qu’il a une clé en main et qu’il peut réagir, nous sommes aussi très agacés par ce qui se passe d’un point de vue économique. On ne peut se plaindre de l’attractivité du territoire et abandonner sa locomotive en terme d’image. Même si nous avons plus de 250 partenaires, nous avons identifié plus de 100 entreprises significatives de la vallée qui ne sont pas partenaires du club. Cela va au-delà du sportif voire même du rugby. Quand on a la chance d’avoir un club comme Oyonnax qui joue dans les 15 premiers clubs de France depuis 6 ans, avec l’impact médiatique, sociétal, économique que cela représente pour la Vallée, c’est une faute envers le territoire de ne pas le soutenir. Quand des partenaires significatifs locaux retirent le soutien pour des motifs sportifs, parce qu’on est en PRO D2, c’est une trahison. Et j’emploie ce mot fort car c’est une trahison envers le territoire du Haut Bugey. Car si le club venait à régresser fortement, on mesurerait vite les conséquences et il sera trop tard pour avoir des regrets. Si tout le monde se fédérait derrière le club, alors je vous garantis qu’on serait parmi les 10 premiers clubs de France. Car on n’a pas l’impression d’être au bout des ambitions et qu’il y a une grosse réserve de moyens. Mais on ne peut plus brasser des mots et de l’air.

J’en profite pour rappeler que le Directoire et le Conseil de Surveillance dans son ensemble assument les augmentations de capital successives et représentent cette saison 30% du partenariat. On ne peut plus continuer ainsi.

Est-ce que vous remettez en cause votre présidence ?

Oui et je parle au nom du directoire, Dougal Bendjaballah, Hervé David et moi sommes très proches de la rupture. Nous sommes viscéralement attachés à cette ville, ce territoire par l’histoire de nos familles et nos entreprises, nous sommes bénévoles au club mais certains ne nous respectent pas.

Nous avons toujours essayé de faire au mieux même si je reconnais que nous avons parfois fait des erreurs. Mais personne ne se doute de l’énergie, du temps et l’argent que cela nous coûte.

Nous avons une assemblée d’actionnaires en décembre qui devra renouveler les membres du conseil de surveillance, leur mandat arrive à échéance. Ensuite le conseil de surveillance devra nommer le directoire pour 4 ans. A ce jour, nous ne demanderons pas le renouvèlement de notre mandat.

Le club est sain financièrement, nous avons des infrastructures de premier ordre, les joueurs et le staff font le job.

Je l’ai dit, nous avons toujours assumé nos décisions mais si certains veulent présenter un projet aux actionnaires ils sont les bienvenus.

D’ici là nous gèrerons le club de la meilleure façon avec l’ambition sportive et l’équilibre financier.

Mais quoi qu’il en soit, quelle que soit notre décision, le club devra avoir le soutien de la vallée, de sa population, de ses politiques et de ses forces vives.

On vous sent vraiment amer ?

Amer n’est pas le bon mot. Comme tous ceux qui œuvrent pour ce club, nous sommes fatigués et déçus de voir parfois une minorité détruire le travail qui a été fait. Il faut que chacun assume ses responsabilités.

Mais nous avons confiance aussi en la faculté de la vallée à se remobiliser, à avancer et rebondir. Mais il faut aller vite car la saison prochaine se prépare dès maintenant et il ne faut pas trainer. Nous sommes encore là et jamais nous n’abandonnerons le club totalement et de façon déraisonnée.

Car nous sommes fiers de notre territoire et fiers de notre club.

Car Oyonnax Rugby, c’est le territoire !